Technology Isn’t free

Le rachat de Motorola par Google, à grand renfort de milliards (12.5 milliards de dollars, pour être précis) peut se résumé ainsi: “La technologie n’est pas gratuite”.

Habituellement, une entreprise voulant utiliser une technologie développée par un tiers (ie: brevetée) a deux solutions à sa disposition (si l’on exclu le vol et le cortège d’avocats qui s’en suit): Soit elle achète une licence (autrement dit: un droit d’utilisation pour une technologie brevetée), soit elle propose un jeu de licences croisées (“je te permets d’utiliser mon brevet si tu me permet d’utiliser le tiens”, une version corporate de l’échange de vignettes Panini), dans une négociation se voulant “win-win” (les deux acteurs y gagnent, tous les autres y perdent et les vaches sont bien gardées).

Seulement voilà, lorsque vous vous appelez Google et que vous débarquez dans le monde réel (comprenez “le monde des entreprises qui fabriquent des biens tangibles”), vous n’avez rien à offrir en échange dans le jeu des licences croisées.

Le géant de la recherche aspire à devenir un acteur majeur du mobile ? Las, le voilà en terrain fort bien occupé, et par des entreprises ayant investi dans la R&D depuis de très nombreuses années (et ayant donc un portefeuille brevets bien garnis).

La solution ? Acheter une entreprises ayant des brevets pour se servir de ceux-ci dans les futures négociations.

C’est en substance le méchanisme qui aurait présidé au rachat de Motorola et de ses 17’000 brevets délivrés (auquels il faut ajouter les 7’500 demandes en cours), selon l’analyse de Harward Business Review (HBR.org), un point de vue que je partage totalement.

“New entrants always have this problem. Taiwanese companies HTC (smartphones and tablets) and Vizio (flat-panel TVs) are both struggling with how to pay for the vast amount of others’ technologies they’ve incorporated into their products. After Apple entered the wireless telecom space, it had to pay billions in settlements and ongoing royalties to Nokia who owns a lot of the technology it adopted. Samsung has paid many billions of dollars over the years to license in the technology it needs and has increased its R&D spending and patenting activity exponentially in order to compensate. More recently, Samsung has been on a global patent-buying spree to obtain technology for its next generation of products.”

Google Concedes that Technology Isn’t Free – Ralph Eckardt - HBR.org

Ainsi, lorsqu’un Google rachète un Motorola, son intérêt va au-delà des actifs tangibles de sa proie. Il s’agit aussi (et avant tout ?) de remplir ses poches de cartes pour pouvoir jouer avec ses petits camarades dans la cours de récré.

De gauche à droite: Stephen Elop, Steve Jobs, James “Jim” Balsillie,
Larry Page, Peter Chou, Anthony P. Doye et Howard Stringer.

La technologie a un prix. Et pour Google, c’est 12.5 milliards !

Google+… mais “+” de quoi ?

La vie d’un Geek technophile n’est décidément pas une sinécure. Avant (comprenez avant 2004 et l’apparition de Facebook), le partage d’une information pertinente (bien que ce qualificatif prenne des formes très différentes d’une personne à l’autre) passait par l’un des canaux suivants:

  • Le e-mail
  • Les Newsgroups et forums
  • Les sites web ou blogs

Le monde numérique était simple, beau et harmonieux: les mails maillaient, les trolls trollaient et nous pouvions balancer une info sur notre blog en étant (presque) certains qu’elle toucherait les lecteurs concernés.

Ad@m et Eve_853 dans le paradis numérique originel. On distingue en haut de l'image un hacker essayant de voler l'identifiant Apple d'Eve_853

Mais là, tout soudain, bang, le nombre de canaux de transite a subitement connu une explosion. Et les pauvres homo numericus que nous sommes ont alors connu l’affolement de l’ère des réseaux sociaux.

Le continent primitif où nous vivions tous réunis, Internet, s’est morcelé petit à petit au gré de la dérive des réseaux sociaux qui, tel des plaques tectoniques divergentes, ont provoqué une séparation “physique” des internautes en plus petits groupes.

Aucun réseau social ne regroupant tous nos contacts (enfin oui, il s’appelle Internet mais on nous dit que les blogs c’est “has been”…), nous voilà contraints d’être présent partout. Avec comme corollaire la répétition manuelle des informations d’un réseau à l’autre.

Au 21e siècle, le Geek est redevenu un moine copiste… le copier-coller en plus (ce qui, admettons le, est tout de même plus pratique que la plume d’oie et le parchemin).

Théobald Castagnier se disant que "Merde alors, où ont-ils mis la touche Pomme ?"

Dans cette situation, l’arrivée de Google+ a été un non événement.

D’où vient la Wave de Buzz Google+?

Google+ n’offre pas beaucoup plus de fonctionnalités que Facebook, d’immédiateté que Twitter ou de ludicité que Foursquare. Mais alors pourquoi tant de Buzz ?

Deux raisons: l’approche sélective “sur invitation” des débuts et… les cercles.

A chaque nouveau service, Google nous fait le coup des invitations et ça marche. Nous courrons comme un seul Geek à l’appel de la nouveauté et de la sélectivité. Le Graal qu’est le sésame vers un nouveau service n’ayant qu’une valeur inversement proportionnelle au temps écoulé depuis sa mise en ligne, l’appel d’air du syndrome VIP ne peut garantir le succès à long terme d’un service comme Google+. Il faut autre chose derrière, des fonctionnalités innovantes, une expérience utilisateur différente (cf l’iPhone à ses débuts).

"Qui a une invite ?" - Foule de Geeks devant l'entrée de Google+ lors de l'ouverture du service.

Pour Google+, le deuxième étage du Buzz c’est la fonctionnalité “Circle”. Pour ceux qui n’en tâtent pas (encore),  il s’agit de la possibilité de créer des cercles et d’y glisser des contacts pour ensuite partager sélectivement vos informations avec des populations définies (“IRL”, “amis”, “amateurs de poneys”,… à vous de jouer).

Une taxonomie bien pensée est la clé de la réussiteUne taxonomie bien pensée est la clé de la réussite.

C’est fou, c’est fun et bigarré, c’est nouveau et tellement plus mieux bien que Facebook.

Quand le Buzz fait plouf

Oui mais (parce qu’il y a un “mais”. Si si, ne dites pas que vous ne l’aviez pas vu venir).

Primo (ça fait bien, “primo”. Ca fait sérieux genre “je vais t’aligner une pleine brouette d’arguments que tu ferais mieux d’aller te tirer un café avant de lire la suite”). Primo, donc, l’idée des cercles de contacts a été purement et simplement “empruntée” à Diaspora* (que je vous avais présenté ici). Ben oui, quand on s’appelle Google on va tout de même pas se moucher du coude pour un projet d’ados boutonneux. On pique l’idée et on ne parle même pas de sa source. Et de toute façon, qui connait Diaspora*, hein ?

La gestion des contacts sur Google+ Diaspora*…

Ah ben flûte alors, le booster à Buzz sensé prendre le relais du videur à l’entrée de la boîte de nuit des invitations n’est rien d’autre qu’une idée “volée” ?

Secondo, les cercles ça craint. Oui, ça craint. Oh, inutile de me lancer votre sunday aux smarties en émettant des sifflets de Jean-Kevin à capuches. Parce que comme tous les utilisateurs de Google+ (moi y compris), vous avez commencé par créer 60 cercles (j’exagère à peine) et vous y avez ensuite glissé vos contacts avant de vous rendre compte que ces derniers se séparent en fait en deux groupes:

  • Ceux que vous connaissez
  • Les autres

Plus grave, vous avez ensuite remarqué que vous partagez les infos que vous saisissez dans Google+ avec… tout le monde (ben ouais, sinon ça sert à quoi… il suffit d’écrire un mail).

Et je ne suis pas le seul à faire ce constat.

Gigaom’s Mathew Ingram chalks it up to what psychologist Barry Schwartz has called the “Paradox of Choice,” meaning that “too much choice actually makes it less likely [users] will take advantage of a feature.” He adds, “The process of filtering hundreds or even thousands of people into groups is time-consuming and somewhat frustrating,” and could cause Circles fatigue.

Circles Fatigue: The Dark Side Of Google+ – Austin Carr – fastcompany.com

Google+ fait-il des ronds dans l’eau ?

L’approche de vouloir réunir tous ses contacts dans un réseau pour les fractionner par petits groupes est aussi stupide que d’inviter toutes les personnes que vous connaissez (et les autres) dans une grande salle pour ensuite former de petits groupes vers lesquels vous allez chuchoter.

Austin Carr a bien résumé la parade dans son article “Circles Fatigue: The Dark Side Of Google+” cité ci-dessus (et ci-dessous):

That’s not to say any other social network has solved the issue of grouping friends. Facebook, with its 750 million users, is an incredibly messy social graph–the average user has 130 friends. It’s why so many smaller, more tightly controlled social graphs have risen in popularity, from Instagram and Path (for photo-sharing) to Foursquare (for location-sharing) to LinkedIn (for business contacts).

En résumé: utiliser plusieurs “petits” réseaux sociaux spécialisés permet déjà de fractionner la diffusion d’informations par centre d’intérêt. Je préfère mille fois sélectionner mes contacts dans Twitter pour ensuite diffuser des infos sans avoir à me demander à qui je les transmets que de devoir choisir un cercle après avoir saisi une info et m’être demandé à qui elle s’adresse.

Idem pour les photos. Mes contacts Instagram sont TOUS intéressés par mes photos, sinon ils ne me suivraient pas. Et l’exemple peut se répéter avec Flickr ou Foursquare.

Selon moi, Google a encore raté le coche des réseaux sociaux en voulant faire un “Facebook-Killer”.

Pourquoi ?

Parce que la seule caractéristique qui fait de Facebook ce qu’il est, ce n’est pas une fonctionnalité (ni Farmville), c’est le nombre d’utilisateurs. Tout comme Windows a dominé le monde de l’informatique des années 90, en dépit d’une infériorité évidente en terme d’expérience utilisateur, par le seul fait que “tout le monde utilise Windows”, Facebook domine les réseaux sociaux parce que “tout le monde y est”.

Google+ ne peut pas concurrencer Facebook car il part avec trop de retard dans la course à la surpopulation. A la place, Google aurait dû appliquer la recette suivie par des acteurs plus petits: trouver un créneaux “spécialisé” (la photo, la musique, etc…) et bouffer la niche écologique pour grossir un peu au calme. En s’attaquant frontalement au T-Rex Facebook, Google ne peut que finir comme une carcasse polie sur le bord de la piste de danse.

Mark Zuckerberg et ses trophées. On distingue dans sa main les restes de Google+.

Bon, on ferme nos comptes Google+ et on va s’en jeter un ?

La réponse est non, pas encore. Pour ma part, après quelques semaines d’utilisation, je vais conserver mon compte mais y avoir une présence sporadique et voir si je me plante dans les grandes largeurs.

Mais comme d’autres, mon réseau social prioritaire est et reste Twitter.

Pourquoi ?

Parce qu’il ne fait qu’une seule chose, mais il le fait bien.

* * *

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Cookie Monster

Google, c’est gratuit.

Oui, sauf que vous payez indirectement les services gratuits que vous utilisez au travers des publicités que cette régie (car Google en est une) dissémine sur le web. Ces pubs ne sont pas les mêmes pour tout le monde mais se basent sur les informations que Google collecte sur votre navigation pour déterminer vos centres d’intérêts.

Ces informations (en gros, les sites que vous avez visité) créent votre “profile publicitaire” qui est stocké dans votre navigateur sous forme de cookie.

Jusqu’ici, rien de nouveau sous le soleil de plomb du monde merveilleux de la gratuité, vous saviez certainement peut-être déjà comment la sélection des pubs ciblées était effectué par Google.

Mais saviez-vous que vous pouvez consulter ce profile et le modifier ?

Pour voir votre profile (et le modifier), cliquez ici

Vous pourrez retirer certaines catégories ou carrément supprimer la collecte de ces information (Opt out).

A noter que cette collecte peut être durablement supprimée à l’aide d’un… cookie (ne fonctionne pas sous Safari).

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A droite un redoutable cookie piégé collectant chaque parcelle de votre vie privée.

Ce dit, n’espérez pas échapper aux publicités de Google. Toute résistance est futile. Personne ne peut leur échapper. Jamais.

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