Google+… mais « + » de quoi ?


La vie d’un Geek technophile n’est décidément pas une sinécure. Avant (comprenez avant 2004 et l’apparition de Facebook), le partage d’une information pertinente (bien que ce qualificatif prenne des formes très différentes d’une personne à l’autre) passait par l’un des canaux suivants:

  • Le e-mail
  • Les Newsgroups et forums
  • Les sites web ou blogs

Le monde numérique était simple, beau et harmonieux: les mails maillaient, les trolls trollaient et nous pouvions balancer une info sur notre blog en étant (presque) certains qu’elle toucherait les lecteurs concernés.

Ad@m et Eve_853 dans le paradis numérique originel. On distingue en haut de l'image un hacker essayant de voler l'identifiant Apple d'Eve_853

Mais là, tout soudain, bang, le nombre de canaux de transite a subitement connu une explosion. Et les pauvres homo numericus que nous sommes ont alors connu l’affolement de l’ère des réseaux sociaux.

Le continent primitif où nous vivions tous réunis, Internet, s’est morcelé petit à petit au gré de la dérive des réseaux sociaux qui, tel des plaques tectoniques divergentes, ont provoqué une séparation “physique” des internautes en plus petits groupes.

Aucun réseau social ne regroupant tous nos contacts (enfin oui, il s’appelle Internet mais on nous dit que les blogs c’est « has been »…), nous voilà contraints d’être présent partout. Avec comme corollaire la répétition manuelle des informations d’un réseau à l’autre.

Au 21e siècle, le Geek est redevenu un moine copiste… le copier-coller en plus (ce qui, admettons le, est tout de même plus pratique que la plume d’oie et le parchemin).

Théobald Castagnier se disant que "Merde alors, où ont-ils mis la touche Pomme ?"

Dans cette situation, l’arrivée de Google+ a été un non événement.

D’où vient la Wave de Buzz Google+?

Google+ n’offre pas beaucoup plus de fonctionnalités que Facebook, d’immédiateté que Twitter ou de ludicité que Foursquare. Mais alors pourquoi tant de Buzz ?

Deux raisons: l’approche sélective « sur invitation » des débuts et… les cercles.

A chaque nouveau service, Google nous fait le coup des invitations et ça marche. Nous courrons comme un seul Geek à l’appel de la nouveauté et de la sélectivité. Le Graal qu’est le sésame vers un nouveau service n’ayant qu’une valeur inversement proportionnelle au temps écoulé depuis sa mise en ligne, l’appel d’air du syndrome VIP ne peut garantir le succès à long terme d’un service comme Google+. Il faut autre chose derrière, des fonctionnalités innovantes, une expérience utilisateur différente (cf l’iPhone à ses débuts).

"Qui a une invite ?" - Foule de Geeks devant l'entrée de Google+ lors de l'ouverture du service.

Pour Google+, le deuxième étage du Buzz c’est la fonctionnalité “Circle”. Pour ceux qui n’en tâtent pas (encore),  il s’agit de la possibilité de créer des cercles et d’y glisser des contacts pour ensuite partager sélectivement vos informations avec des populations définies (“IRL”, “amis”, “amateurs de poneys”,… à vous de jouer).

Une taxonomie bien pensée est la clé de la réussiteUne taxonomie bien pensée est la clé de la réussite.

C’est fou, c’est fun et bigarré, c’est nouveau et tellement plus mieux bien que Facebook.

Quand le Buzz fait plouf

Oui mais (parce qu’il y a un “mais”. Si si, ne dites pas que vous ne l’aviez pas vu venir).

Primo (ça fait bien, “primo”. Ca fait sérieux genre “je vais t’aligner une pleine brouette d’arguments que tu ferais mieux d’aller te tirer un café avant de lire la suite”). Primo, donc, l’idée des cercles de contacts a été purement et simplement “empruntée” à Diaspora* (que je vous avais présenté ici). Ben oui, quand on s’appelle Google on va tout de même pas se moucher du coude pour un projet d’ados boutonneux. On pique l’idée et on ne parle même pas de sa source. Et de toute façon, qui connait Diaspora*, hein ?

La gestion des contacts sur Google+ Diaspora*…

Ah ben flûte alors, le booster à Buzz sensé prendre le relais du videur à l’entrée de la boîte de nuit des invitations n’est rien d’autre qu’une idée “volée” ?

Secondo, les cercles ça craint. Oui, ça craint. Oh, inutile de me lancer votre sunday aux smarties en émettant des sifflets de Jean-Kevin à capuches. Parce que comme tous les utilisateurs de Google+ (moi y compris), vous avez commencé par créer 60 cercles (j’exagère à peine) et vous y avez ensuite glissé vos contacts avant de vous rendre compte que ces derniers se séparent en fait en deux groupes:

  • Ceux que vous connaissez
  • Les autres

Plus grave, vous avez ensuite remarqué que vous partagez les infos que vous saisissez dans Google+ avec… tout le monde (ben ouais, sinon ça sert à quoi… il suffit d’écrire un mail).

Et je ne suis pas le seul à faire ce constat.

Gigaom’s Mathew Ingram chalks it up to what psychologist Barry Schwartz has called the « Paradox of Choice, » meaning that « too much choice actually makes it less likely [users] will take advantage of a feature. » He adds, « The process of filtering hundreds or even thousands of people into groups is time-consuming and somewhat frustrating, » and could cause Circles fatigue.

Circles Fatigue: The Dark Side Of Google+ – Austin Carr – fastcompany.com

Google+ fait-il des ronds dans l’eau ?

L’approche de vouloir réunir tous ses contacts dans un réseau pour les fractionner par petits groupes est aussi stupide que d’inviter toutes les personnes que vous connaissez (et les autres) dans une grande salle pour ensuite former de petits groupes vers lesquels vous allez chuchoter.

Austin Carr a bien résumé la parade dans son article “Circles Fatigue: The Dark Side Of Google+” cité ci-dessus (et ci-dessous):

That’s not to say any other social network has solved the issue of grouping friends. Facebook, with its 750 million users, is an incredibly messy social graph–the average user has 130 friends. It’s why so many smaller, more tightly controlled social graphs have risen in popularity, from Instagram and Path (for photo-sharing) to Foursquare (for location-sharing) to LinkedIn (for business contacts).

En résumé: utiliser plusieurs “petits” réseaux sociaux spécialisés permet déjà de fractionner la diffusion d’informations par centre d’intérêt. Je préfère mille fois sélectionner mes contacts dans Twitter pour ensuite diffuser des infos sans avoir à me demander à qui je les transmets que de devoir choisir un cercle après avoir saisi une info et m’être demandé à qui elle s’adresse.

Idem pour les photos. Mes contacts Instagram sont TOUS intéressés par mes photos, sinon ils ne me suivraient pas. Et l’exemple peut se répéter avec Flickr ou Foursquare.

Selon moi, Google a encore raté le coche des réseaux sociaux en voulant faire un “Facebook-Killer”.

Pourquoi ?

Parce que la seule caractéristique qui fait de Facebook ce qu’il est, ce n’est pas une fonctionnalité (ni Farmville), c’est le nombre d’utilisateurs. Tout comme Windows a dominé le monde de l’informatique des années 90, en dépit d’une infériorité évidente en terme d’expérience utilisateur, par le seul fait que “tout le monde utilise Windows”, Facebook domine les réseaux sociaux parce que “tout le monde y est”.

Google+ ne peut pas concurrencer Facebook car il part avec trop de retard dans la course à la surpopulation. A la place, Google aurait dû appliquer la recette suivie par des acteurs plus petits: trouver un créneaux “spécialisé” (la photo, la musique, etc…) et bouffer la niche écologique pour grossir un peu au calme. En s’attaquant frontalement au T-Rex Facebook, Google ne peut que finir comme une carcasse polie sur le bord de la piste de danse.

Mark Zuckerberg et ses trophées. On distingue dans sa main les restes de Google+.

Bon, on ferme nos comptes Google+ et on va s’en jeter un ?

La réponse est non, pas encore. Pour ma part, après quelques semaines d’utilisation, je vais conserver mon compte mais y avoir une présence sporadique et voir si je me plante dans les grandes largeurs.

Mais comme d’autres, mon réseau social prioritaire est et reste Twitter.

Pourquoi ?

Parce qu’il ne fait qu’une seule chose, mais il le fait bien.

* * *

Dans le même genre, ici:

Sur le même sujet chez les autres:

Publicités

À propos MacBrains
David Borel Responsable Marketing dans une société spécialisée en Veille technologique, j’ai fatalement succombé au charme des produits Apple il y a plus de 10 ans. Cela m’a conduit à fonder MacBrains.info afin de partager cette passion mais aussi de parler de technologie, d’information, de design, de photo et de cinéma. > Pour en savoir plus

8 Responses to Google+… mais « + » de quoi ?

  1. Jean Meyran says:

    Bon, j’ai posté un truc passionnant dans mon cercle macounets…

    Que n’auront pas les membres du cercle golfeurs (ils s’en foutent). A l’inverse je t’épargne les discussions de golfeurs qui ressemblent en gros à des réunions de chasseurs niveau exagération du talent 😉

    @jmeyran
    + Jean.meyran

    • MacBrains says:

      Et je t’en suis reconnaissant… mais comment sais-tu que je n’aime pas le golf ?

      Là est tout le problème, en fait. On pense que les gens sont intéressés par X et pas par Y, mais ce n’est pas forcément juste. J’estime que le principe des listes de Twitter est bien plus judicieux. Sur G+ c’est l’émetteur qui décide qui va recevoir une information, sur Twitter ce sont les lecteurs qui choisissent leurs domaines d’intérêt.

      La seconde philosophie a tout de même plus de chance de satisfaire tout le monde.

  2. Jeff says:

    Merci pour cet article dont j’apprécie autant le ton que le fond ! Vous avez su mettre par écrit ce que je ressentais depuis plusieurs semaines face à Google- 😉

    Au plaisir de vous relire !
    @jefftavernier

    • MacBrains says:

      En discutant sur Twitter avec pas mal de contacts, il semble que ma position soit assez répandue. Votre commentaire vient renforcer ce sentiment.

      Merci de lire MacBrains et pour ce commentaire.
      Au plaisir de vous relire (aussi).

  3. palmipode says:

    bien vu et bien dit.

    Ce qui est exaspérant dans ce monde c est la créativité débordante quand il s’agit de réinventer le fil à couper le beurre.

    Quant à gmusic

  4. palmipode says:

    ./..
    Quant à Gmusic donc, disais-je avant que mes doigts boudinés ne touchassent le bouton publier… (sic !) ça devrait être plus efficace et innovant AMHA.
    Google à force de vouloir mettre la main partout de dissipe et ne va pas vraiment au fond des choses.
    Googlewave aurait dû servir de carton rouge, on verra si les calme un peu.
    On oublie surtout souvent de parler d’Orkut quand on évoque les réseaux sociaux, ceci dit on a une bonne excuse, ça sert à quoi déjà ? 😉

    • MacBrains says:

      Bonne remarque, on oublie toujours Orkut qui est tout de même l’un des sites les plus visités en Inde et au Brésil !

      Je te rejoins aussi sur la dissipation de Google. A tout vouloir faire, un ne fait rien de bien. Wave aurait effectivement du être un signal d’alarme mais tu peux y ajouter Buzz… Au final, ils feraient mieux de se concentrer sur leur corps business: la recherche, la bureautique et… la pub.

  5. Sanji says:

    Moi je ne te rejoins pas sur la notion et l’usage des cercles. Quand je dis, je décide à qui je dis. Alors bien entendu, c’est souvent public, mais parfois ça ne concerne qu’un cercle restreint de mes contacts.

    Pour le reste je suis plus d’accord.
    Oui, il y a un éparpillement de notre graphe social qui me dérange.
    Oui, Twitter reste ma référence.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :