Captain America et la recette Marvel

Hé, non, on a pas lâché l’affaire. A MacBrains on continue bien à aller voir tous les films Marvel qui sortent, seulement vu le niveau d’indigence des bouzins depuis un certain temps, on était un peu accablés et pas forcément trépignants à l’idée d’écrire sur le sujet. Avec la sortie de Captain America: Le soldat de l’hiver de Anthony et Joe Russo notre motivation est un peu revenue. Un peu. Constat sur le run frénétique que pratique Hollywood avec les super heroes movies.

Avengers assemble

Avengers aurait dû être un accomplissement filmique révolutionnaire, un grand film choral mettant en scène la crème des super-héros dans l’un des blockbusters les plus onéreux jamais produits. Après cinq films de présentation pour chacun de leurs personnages, Marvel achevait sa « phase 1 » avec le plus grand pétard mouillé de l’histoire du cinéma. J’en ai encore mal à la tête.

Confié à Joss Whedon (Buffy contre les vampires, les gars…) le grand crossover épique qui aurait dû rabaisser Avatar au rang d’épisode de Joséphine ange-gardien ne fût qu’une vaste déception. Incapable de créer un enjeu quelconque, comme un antagoniste crédible ou une vraie menace, Whedon enferme le super cool Iron Man, le dieu nordique surpuissant Thor, Captain America fraîchement décongelé, le potentiellement super dangereux Bruce Banner, la super bien balancée veuve noire, le super heu…enfin Hawkeye, Nick Fury et Maria Hill dans un gros vaisseau pendant la moitié du film, leur faisant débiter des punchlines ineptes (« ce mec joue à Galaga ») dans des scènes même pas dignes de Friends et les obligeant à réparer une turbine de réacteur durant 20 minutes. Pendant ce temps-là, le grand méchant du film (Loki, le frère fielleux de Thor qui fait peur comme un marshmallow) accouche d’un plan génial: voler le cube cosmique d’Odin (appellé dans ce film le Tesseract) et préparer le terrain à une invasion d’aliens génériques en se faisant emprisonner puis en mettant en pétard et en rassemblant dans la même pièce les super-héros les plus puissants du monde, seuls êtres capables de lui casser la margoulette en deux coups de cuiller à pot. Ce qu’ils font. Inutile de dire que le happy end arrive rapidement et sans beaucoup d’efforts mais avec beaucoup d’incohérences (Hein, quoi? Bruce Banner peut devenir Hulk quand il veut?)

"Alors comme ça ton super plan c'est de rassembler les plus grands héros de la terre pour te casser la gueule..."

« Alors comme ça ton super plan c’est de rassembler les plus grands héros de la terre pour te casser la gueule? »

"..."

« … »

Ce film est néanmoins un vrai plaisir coupable mais qui tient plus de la comédie potache que du grand crossover épique ultime. Cruelle déception pour qui attendait ce film depuis l’épilogue de Iron Man en 2008…

La « phase 2 » que Marvel mit en route dès 2012 (vous avez compris le principe, hein. Entre chaque Avengers, Marvel produit un film sur chacun de leur héros dans une aventure séparée) avec Iron Man 3 et Thor 2: Le mondes des ténèbres confirmèrent mes pires craintes: malgré la présence de pointures du scénar (Shane Black sur Iron Man) ou d’artisans capables (Alan Taylor sur Thor), les films Marvel ne sont au final que de médiocres actioners affreusement génériques et bas du front, à la production design paresseuse et aux concepts racoleurs jamais traités, incapables de faire plus qu’effleurer la psychologie et les fêlures de leurs personnages (chose que les comics ont réussis à faire depuis longtemps avec, par exemple, l’alcoolisme de Tony Stark).

Pire que ça, et là, à mes yeux c’est un pêché mortel: Marvel est totalement incapable (ou s’en fout complétement, c’est aussi possible) de rendre son univers cohérent. Chaque film est cloisonné et aucun super-héros ne viendra prêter main forte à un collègue dans un film qui n’a pas son nom sur l’affiche. Même si l’intrigue le permet, voire l’exige, aucune intervention du S.H.I.E.L.D. dans Iron Man 3. Jamais, alors que l’on parle de malveillance informatique, de clé de cryptage et d’armes de guerre super sophistiquées dans le nouveau Captain America on ne pensera à appeler Tony Stark dont c’est le domaine d’expertise. Que fout Oeil de Faucon entre deux Avengers? Personne ne sait. Il doit gagner des prix à la foire d’archerie de Saint-Alban-sur-Limagnole, qui sait.

On est donc fortement abattu à MacBrains avec cette formule « happy meal for kids » qu’on nous ressert à tout bout de champs. C’est la paupière tombante, traînant les pieds et pestant contre la 3D imposée que nous sommes allés voir Captain America: Le soldat de l’hiver. Quelle ne fût pas notre surprise de découvrir un film qui, s’il n’est pas un chef d’œuvre (oulà, faut pas déconner non plus!), s’avère être une très bonne surprise et l’une des toutes meilleures livraisons de la maison à idées.

(Pardon pour cette exposition particulièrement longue et fastidieuse)

cap2 poster

America, f**k yeah !

Steven Rogers, super soldat boy scout patriotard congelé à la fin de Captain America: The first Avenger (lire la critique ici) est réveillé 70 ans plus tard par la super unité d’espionnage du S.H.I.E.L.D. Le pauvre est bien marri puisque tous ces amis sont morts, la guerre est finie depuis perpète et au 21ème siècle il est bien plus difficile de savoir qui sont les gentils et qui sont les méchants…sans compter qu’il a du retard à rattraper au niveau télé (25 saisons d’Amour, Gloire et Beauté et tout 17 ans et Maman sur MTV). Après le événements d’Avengers, Captain America travaille désormais pour le S.H.I.E.L.D. mais découvre rapidement que cette organisation à un côté sombre…

Dans un monde post-onze septembre où l’on ne peut plus reconnaître ses ennemis à leurs uniformes, au milieu des conglomérats économiques, des magouilles politiques, des agents doubles, des drones, du cyber-espionnage et du terrorisme, toutes les frontières sont brouillées. Quand le S.H.I.E.L.D. se propose de prévenir le crime avant que celui-ci ne soit commis, s’agit-il encore de sécurité nationale ou de terreur à la Minority Report? Steve Rogers est en proie à un dilemme éthique. Que peut faire un type seul, armé d’un bouclier et d’un costume d’Halloween contre le monde moderne? Où est sa place? A qui peut-il faire confiance et en quoi peut-il croire?

Le métrage des frères Russo (connus jusque là pour leur travail tv tels Community ou Arrested Development) ne passe que superficiellement sur à peu près toutes ses thématiques…mais c’est toujours mieux que rien.

Plutôt que de proposer des péripéties légères et teintées de vannes comiques, Captain America: le soldat de l’hiver joue plutôt la carte du thriller/film d’espionnage ce qui est une excellente idée. Mais l’action n’est pas en reste. Si Steve Rogers enquête (on dirait le titre d’un magazine pour ados des années 50), il assume aussi beaucoup mieux son statut de super héros que ses petits collègues qui tchatchent au lieu de distribuer des mandales (hum hum Tony Stark). Le métrage est émaillé de scènes d’action nombreuses et assez jouissives avec des empoignades fluides et badass à peine entachées parfois par une shaky cam malvenue. Mention spéciale à la scène d’ouverture sur un bateau et à un pugilat très réussi dans un ascenseur. Seule la scène d’action finale, bourrée de FX bof et de grosses explosions, a un goût de réchauffé.

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« Ah mais heuuuu! C’est à moieuuu… »

Scénaristiquement, le film échoue à transcender son matériau de base mais fait l’effort honorable d’esquisser (comme ça, en creux, entre deux explosions) des émotions. Si, si. Il donne enfin un peu d’épaisseur au personnage de Natasha Romanov et plus de deux lignes de dialogues à Samuel L. Jackson pour faire exister Nick Fury. Il tente également une confrontation empruntée d’amertume et de nostalgie entre Cap’ et son doppelganger maléfique venu du passé, le fameux soldat de l’hiver. Certaines scènes ratées, telles les retrouvailles entre Steve et l’amour de sa vie, Peggy Carter (Hayley Atwell qui a piqué la prothèse faciale de Guy Pearce dans Prometheus) auraient pu être, sur le papier du moins, vraiment magnifiques.

Pas de surprises ébouriffantes donc, ni même de grands moments mais un des tout meilleur film de l’écurie Marvel…en tout cas le moins indigent depuis trop longtemps. les frères Russo, s’ils suivent un peu trop la « recette Marvel » instaurée par l’inepte Kevin Feige, s’en sortent avec les honneurs et ne bousillent pas la franchise (on ne peut pas en dire autant des collègues). Captain America garde sa dignité jusqu’au bout, sans doute grâce aux éléments amenés par le premier film, réalisé par Joe Johnston, qui n’était pas le sale étron racoleur et putassier qu’on veut bien nous faire croire.

Voilà, entre deux épisodes de Game of Thrones, vous pouvez clairement donner sa chance à ce soldat de l’hiver. En attendant qu’ Edward Wright (Shaun of the Dead, Hot Fuzz et le sublime Scott Pilgrim VS The World) n’appose son génie sur Hank Pym, alias Antman, le super héros qui rétrécit et qui parle aux fourmis. Des promesses…

Captain America 2: Le soldat de l’hiver (2014)
de Anthony et Joe Russo, avec Chris Evans, Scarlett Johansson, Samuel L. Jackson, Robert Redford, Colbie Smolders, Anthony Mackie, Sebastian Stan, Frank Grillo, Toby Jones

70’s superheroes

Alors comme ça, tas de jeunes mécréants à capuches, vous pensez que les films de super héros sont nés au 21e siècle ? Que vos ancêtres ainés n’ont eu droit qu’à des petits dessins dans des fanzines underground ?

Et bien non ! Nous aussi, enfants des années 70 (et 80), nous avons eu notre lot de séries narrant les aventures de héros mettant leurs caleçons par-dessus leurs pantalons. Et si l’on en juge par les intros ci-dessous, nous étions moins exigeants question effets spéciaux 😉

Ah, les séries des 70’s-80’s. Leurs couleurs flashy, leurs cascades à 2€, leurs plages de synthétiseurs sans fin et leurs acteurs charismatiques… que de nostalgie.

The Amazing Spider-Man (1977-1979)

 

Captain America: Street Hawk

 

The Incredible Hulk (1978)

 

Wonder Woman

 

Batman (1966)

 

D’autres vidéos dans le même genre sont à voir ici: LAOROSA

Captain America, le vrai !

Ah les années 70, leurs couleurs chatoyantes, leurs substances psychotropes et leurs … séries télé bien moisies.

Vous trouvez que les récentes productions à base de super héros sentent le dessous de bras de Wookie ? Alors regarder l’extrait de cette adaptation de Captain America datant de 1979 (oui, avant l’autre bien pourrave dont on vous avait parlé ici et la bonne grosse bousasse que Marvel vient de nous servir) et dites vous que ça pourrait être pire.

N’empêche, avec un personnage aussi charismatique que celui campé par Reb Brown et autant d’action spectaculaire, on se demande bien pourquoi les deux téléfilms dont est tiré l’extrait ci-dessus n’ont pas engendré une série à succès.

via l’énormissime Forgotten Silver

***

Dans la même obsession monomaniaque, le docteur vous propose:

Même pas Cap

Les adaptations cinématographiques de comics ont le vent en poupe, ce n’est un secret pour personne. Et aux commandes de ce petit monde, Marvel dispose d’un réservoir quasi inépuisable de héros et d’aventures qu’elle exploite avec succès depuis une bonne dizaine d’années.

Quelques chiffres pour s’en convaincre ? Les X-Men (1,2 et 3) ont rapporté en moyenne 384 millions de dollars par film (pour un budget moyen de 136 millions), Iron Man 1 et 2 ont permis un retour sur investissement moyen de $ 434 million (budget moyen: $ 170 millions, revenu moyen: $ 604 millions) et Spider Man 3 a rapporté à lui tout seul 890 millions de dollars (pour un budget de $ 258 millions)*.

Bref, les films de super héros, ça rapporte gros (sauf Punisher qui a réussi à perdre 25 millions). C’est sans aucun doute le constat fait par les exécutifs de Marvel qui, ayant allègrement exploité les icônes phare de leur production, se sont mis à se creuser le neurone pour trouver un projet leur permettant d’acheter de plus gros Yachts.

Avengers Assemble !

Qu’y a-t-il de plus alléchant (et de plus prometteur commercialement) qu’un film avec un super héros ? Un film avec plein de super héros. Or il se trouve que le catalogue Marvel recèle d’arcs narratif relatant les aventures d’un groupe de héros appelés les Vengeurs (Avengers in english). « Banco!  » se sont écriés en choeur les directeurs de Marvel, la bave aux lèvres devant tant de revenus potentiels, « Nous allons faire un film par personnage et ensuite les réunir tous dans une méga production ».

Le résultat jusqu’ici ? Thor et Captain America…

Permettez que je glisse comme limace sur verglas sur le premier et que je déverse ma bile sur le second. Car c’est l’objet de cet article, après tout.

Scout toujours

Si vous ne connaissez pas Captain America, imaginez un boy scout de 2 mètres en juste au corp bleu, avec des bottes à revers et… un bouclier portant la bannière étoilée.

Voilà, vous savez tout ce qu’il y a à en savoir. Car Captain America n’a pour lui que le fait d’être le premier personnage a avoir été créé par Marvel. En dehors de cela, point de message du genre « avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités », point de fêlure du type « je suis l’homme le plus intelligent et riche du monde, j’ai une armure qui vole mais aussi un sérieux problème de boisson et de sociabilité », ni même de pseudo profondeur mythique comme « je suis le dieu du tonner, fils d’Odin, mais je n’arrive pas à emballer au premier rendez-vous ».

Rien. Nada. Que pouic.

Vous pouvez lire tous les arcs narratifs de Captain America (et j’en ai lu ma part), ce héros est aussi lisse qu’une piste de curling, aussi monolithique qu’un carambar et aussi profond qu’une BD de Martine.

Alors quand l’équipe (très nombreuse mais néanmoins au complet) de MacBrains est aller voir le film lui étant consacré, les pire craintes m’habitaient. Comment un film sur un personnage qui n’a de raison d’être que par ceux qui l’entourent (voir Civil War) peut-il donner quelques chose d’intéressant (qui plus est lorsqu’il n’est pas entouré)?

Once upon the time

J’avoue que la première partie du film m’a captivé. La genèse du Captain, fidèle aux écritures marvelliennes, se laisse regarder (l’immense Tommy Lee Jones, le décidément très méchant Hugo Weaving et la croquante Hayley Atwell n’y étant pas totalement pour rien). La première action du super soldat (sans costume ni bouclier) est totalement réussie. L’idée de ses débuts « opérationnels » comme collecteur de fonds pour l’effort de guerre est carrément brillante.

Puis arrive le milieux du film. On passe aux « choses sérieuses », Captain America passe à l’action et l’intérêt des spectateurs l’arme à gauche. Oui, ce film qui avait si bien commencé, qui recèlerait tant de trouvailles, bascule dans une panouille tout juste digne du film de 1990 (cf Hollywood et les comic book movies).

Dialogues lourdingues (« Mais qui êtes-vous ? », « Je suis Captain America »… j’ai pouffé), scènes d’action boliwoodiennes (mention spéciale à la poursuite en moto…), partie de frisbee et trauma larmoyant (le meilleur amis mourant dans le feu de l’action). C’est lourd, c’est moche et c’est indigeste au point que l’on se demande si Joe Johnston n’a pas laissé la réalisation de la fin de son film au type qui faisait les cafés, histoire d’aller manger un pizza 4 fromages en regardant le foot.

Bad to the bone

Un bon film d’action c’est avant tout un bon méchant (enfin un méchant méchant mais bon dans le sens qu’il est vraiment méchant… enfin, je me comprend). Et le méchant de ce film c’est… la 3D !

J’avoue, je n’aime pas la 3D. Je l’exècre, même. Mais là, franchement, elle n’apporte RIEN. Pas un seul plan qui en tire partie, ce qui est tout de même assez fort pour un film d’action. En plus, elle rend l’image floue et sombre. Non, s’il vous plaît, je veux bien que vous majoriez le prix de vos films, là, mais arrêter avec cette manie de mettre de la 3D partout. Sur un film sans épaisseur, ce n’est pas la 3D qui va donner de la profondeur aux personnages…

Ah oui, il y a aussi un méchant nazi qui a trop pris le soleil sans écran total, mais il est anecdotique puisque ce n’est pas lui qui a raison du héros. Non, le personnage le plus dangereux du film, le seul qui mette Captain America en échec c’est… le pilote automatique (on y apprend au passage que les allemands écrivaient leurs tableaux de bord en anglais). On se croirait dans un film d’Abrahams et Zucker sauf qu’eux ils faisaient exprès d’être absurdes.

Bref, un zéro pointé pour ce navet qui, je l’avoue, ne présage rien de bon pour les Vengeurs et le futur des adaptations de comics Marvel. Cet univers aurait-il donné ce qu’il a de meilleurs (X-Men: First Class)? Ne serait-il pas temps de passer à autre chose ?

* * *

* chiffres tirés de l’IMDB, of course.

Dans les même saveurs, le patron vous propose:

Steve Rogers n’est pas une lopette

Par David Borel

Le teasing continue pour le film Captain America avec une nouvelle bande annonce. L’on y aperçoit certaines scène clé de l’histoire du super soldat (son rejet à l’enrôlement, l’expérience fondatrice, son ennemi), ainsi qu’un caméo de Stark père.

Je dois avouer que plus ça va, moins je suis inquiet du résultat, à l’inverse de Thor.

* * *

Sur le même sujet, la maison vous propose: The First Avenger

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