Vendredi vidéo – Dans l’enfer du cinéma

Si il y a des jours où vous vous dites que tout va mal, que votre travail craint un max et que ça ne pourrait pas être pire, dites vous que oui.

Vous pourriez être réalisateur de cinéma.

Vous pourriez être Mathieu Kassovitz réalisant Babylon AD.

Ce making-of est un témoignage fascinant du purgatoire que peut être le tournage d’un film, même si l’on reste très loin de l’enfer vécu par Copolla sur Apocalypse Now (voir à ce sujet l’excellent documentaire Hearts of Darkness) ou de la débâcle cataclysmique que fut le tournage de Heaven’s Gate (Michael Cimino 1980, le film coula carrément United Artists. Le making of est visible sur Youtube si vous êtes anglophones).

La 3D c’est du passé

Il faut que je vous dise, je déteste les films en 3D.

Non, comprenez-moi bien, ce n’est pas que la 3D m’agace un peu ou m’incommode légèrement. Elle me les brise carrément menu, si vous me permettez l’usage de cette expression aussi familière que fidèle à mes sentiments.

Pourquoi ? Parce que la 3D ne sert à rien.

Enfin quand je dis « à rien », j’exagère. Elle ne nous sert à rien à nous, les moutons spectateurs, hein. Parce qu’elle sert à gagner plus de pognons aux exploitants de salles (en surtaxant les séances ou louant/vendant des lunettes) et aux producteurs (ah, le bonheur de pouvoir sortir une deuxième fois Star Wars et Titanic juste en ajoutant un « 3D » à l’affiche et un pauvre effet de profondeur à l’image… good money, minimum effort).

« Pour chaque dollar dépensé sur un film 3D le retour sur investissement moyen au box office mondial est de $3.69 alors qu’il est en moyenne de $2.51 pour un film en 2D. »
Traduction libre de « The Rise of 3D« 

Non parce que franchement, qu’apporte la 3D à un film sur le plan artistique ? Une fois passé l’effet « ouah on dirait qu’il neige dans la salle » ou « oh comme la falaise a l’air d’être haute » ressenti lorsque l’on assiste à sa première projection, le relief devient plutôt anecdotique voir carrément encombrant (voir à ce titre l’excellent The Hobbit de Peter Jackson dans lequel la 3D passe inaperçue).

Jusqu’ici, vous me direz que c’est une question de goût et que je suis certainement en train de virer vieux schnock, ce qui est parfaitement plausible.

Permettez tout de même que je pousse mon petit coup de gueule (et même si vous permettez pas, je vais quand-même le faire, je suis chez moi ici, non mais). Je me moquerais totalement de la 3D si:

  • j’avais le choix entre 3D et 2D (j’habite dans une petite ville et ce choix n’existe pas).
  • les séances n’étaient pas surtaxées.
  • la luminosité du film n’était pas pourrie par les filtres polarisants des lunettes.
  • elle ne se faisait pas au détriment de la qualité scénaristique.
Et ce dernier point est tellement important que je vais révéler un secret bien gardé, à l’attention des studios Hollywoodiens:
« Selon une étude scientifique très poussée, il semblerait que projeter un film en 3D ne donne pas de profondeur aux personnages. »
Etude sur l’impact de la 3D sur la qualité des productions cinématographiques au 21e siècle, Moi-même et Al, MacBrains 2012.

Quelle révélation, hein ? Bon, il faut les comprendre, les studios. Une fois payé les techniciens qui transformeront le film en 3D, il ne reste pas grand chose à donner aux scénaristes pour qu’ils inventent de vraies histoires avec des personnages fouillés. Je caricature ? Si peu. La preuve par l’image:

Illustration tirée de « Why 3D movies need to die » par The Oatmeal

Ceci pour vous dire que la 3D n’apporte rien sur le plan de la narration, du développement des personnages ou des sentiments ressentis par le spectateur (elle ne vous fera pas verser une larme, sauf si vous souffrez du port des lunettes). Pire, dans le but évident de tirer partie du faible potentiel de cette technologie et de déclencher le « oh comme la falaise a l’air d’être haute » évoqué ci-dessus, les réalisateurs tendent à systématiser certains plans « typiquement 3D compatibles », donnant un méchant air de famille à la plupart des blockbusters actuels. La petite vidéo ci-dessous, bien qu’humoristique, en est une excellente illustration.

« Oui mais la 3D est une révolution technique comme le furent le son ou la couleur. Tu t’y habitueras. » me répondrez-vous en coeur, plein de la candeur des optimistes acharnés.

FAUX !

la 3D au cinéma n’est pas nouvelle. Elle date même des origines du 7e art puisque les Frères Lumières eux-même en ont fait usage pour leur court métrage « L’arrivée du train… ». Elle a accompagné l’industrie du cinéma tout au long de son existence, telle une méchante grippe revenant vous pourrir la vie à intervalle régulier avec l’entêtement d’un agent de télémarketing. Même les Nazis l’ont utilisé à des fins de propagande (Et un point Godwin, un !). Le nombres de films qui ont été projetés en 3D est gigantesque et nous vivons actuellement la 4e vagues de films en 3D de l’histoire du cinéma, comme le prouve cette superbe image ci-dessous :

(Clic = très très grand, attention, elle pèse 10 Mo | Source)

Tout espoir n’est donc pas perdu de voir prochainement disparaître cette plaie visuelle (ou du moins d’assister à une réduction de son omniprésence), d’autant plus que les statistiques de fréquentation ne lui sont pas forcément favorables (lorsque les spectateurs ont le choix 2D / 3D, lire à ce propos l’excellente analyse de Slate Is 3-D Dead in the Water? ).

Bref, la 3D c’est du passé et pour moi cela se résume à ceci:

Illustration tirée de « Why 3D movies need to die » par The Oatmeal

… un gadget que l’on oubliera bien vite.

* * *

Sources:

  • Certaines illustrations viennent de l’excellent site theoatmeal.com
  • L’image présentant tous les films en 3D a été vue su le scoop.it de thomesss
  • La video Every 3D Movie is the Same a été pêchée sur Laorosa

Pour aller plus loin sur le sujet:

Infographie – Mickey avale Yoda

Au lendemain du rachat par Disney de Lucasfilm (et, dans le même mouvement, de tout ce que George Lucas avait dans sa musette, à savoir Lucasarts, ILM, Skywalker Sound), le site Empire publie cette chouette infographie qui nous montre qui dévore qui à Hollywood. Les gros studios cherchant tous à s’accaparer les franchises les plus rentables, découvrez dans la poche de qui va la substantielle part du prix de votre billet de cinéma lorsque vous allez voir le nouvel épisode de votre personnage préféré.

Via Empire

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