X-Men ou le blockbuser intelligent

On pouvait légitiment se contenter d’un haussement de sourcil dubitatif à l’annonce d’un nouveau X-MEN. Le monde est désormais rempli d’adaptations de comics structurellement mal foutus, vainement « cool » (et je mets les guillemets) et vides d’intrigues et d’enjeux qui suintent le merchandising et le mépris du spectateur par tous les pores. Ne surnagent de ce potage rance qu’une poignée de bons films, réalisés par des auteurs confirmés (voir notre top & flop).

Bryan Singer ne fait plus partie de cette caste depuis le naufrage de sa carrière suite à son SUPERMAN RETURNS tout mou et le bide cosmique JACK LE CHASSEUR DE GÉANTS. Son désintérêt flagrant pour la franchise dont il avait réalisé les deux premiers et meilleurs opus laissa le champ libre au  tâcheron Brett Ratner qui souilla la trilogie comme un chien mouille un tapis avec un X-MEN: LE DERNIER AFFRONTEMENT bancal (c’est un peu l’équivalent du RETOUR DU JEDI pour les X-Men. Tous les personnages cools meurent ou perdent leurs pouvoir). Par la suite la saga foira en beauté deux des histoires les plus emblématiques du comics, à savoir l’arc du Dark Phoenix et celui de l’arme X. Toutefois, récemment, Matthew Vaughn avait sauvé les meubles avec une préquelle élégante et fun X-MEN: LE COMMENCEMENT (ici), suivi par un spin off sympathique (WOLVERINE: LE COMBAT DE L’IMMORTEL) réalisé lui par James Mangold. Une petite lueur d’espoir luisait donc au loin à l’annonce d’un nouveau film, cette fois soutenu par la Fox (un budget aux alentours des 250 millions de dollars), assemblant le casting des deux époques (les jeunes James McAvoy et Michael Fassbender face aux patriarches Patrick Stewart et Ian McKellen) pour traiter une des sagas les plus culte et les plus appréciée sous la houlette du père fondateur enfin revenu du Tartare.

XMEN DOTFP affiche
La saga X-MEN est chère à mon cœur, parce qu’elle est la seule à étreindre sérieusement son sujet. Elle a été la première à prendre la voie de la maturité, reléguant les costumes fluos au profit d’intrigues plus adultes et noires et présentant des personnages humains, complexes et pétris de doute. Rappelons que la scène d’ouverture du premier X-MEN se passe dans un camp de concentration en Pologne en 44. Dès le début on sentait que Singer voulait aller plus loin que le classique film de divertissement enfantin avec des explosions partout.

Seulement, si Singer a eu dès le début des velléités de grandeur, il n’a pas pu en magnifier tous les aspects. Il est évident que si l’on revoit le premier X-MEN on sera autant touché par la profondeur de certains de ses héros mélancoliques que frappé par la mollesse de scènes d’actions par vraiment folichonnes et d’ absences évidentes (le fauve en particulier). Il semblerait que la Fox (encore elle) n’ait jamais cru au projet et que son directeur Thomas Rothman ait continuellement mis des bâtons dans les roues de Singer, orchestrant des coupes budgétaires impromptues et avançant la date de sortie du film de novembre à mai 2000. Pareilles méthodes furent appliquées sur X2, ce qui conduit Singer à faire un bras d’honneur et à quitter la production de X-MEN 3: L’AFFRONTEMENT FINAL pour aller voir si l’herbe n’était pas plus verte chez Warner. J’ajoute que l’absence des Sentinelles (seulement teasées lors de la première scène de X-MEN 3) provient du dégoût de Rothman pour les robots géants qu’il juge ridicules. Aujourd’hui il semblerait que la Fox aie fait amende honorable et, voulant certainement surfer sur la vague AVENGERS, fila une enveloppe bourrée de pesos et une belle carte blanche à Singer et ses scénaristes pour le nouvel opus des X-Men.

Mettons les choses à plat dès maintenant. X-MEN : DAYS OF THE FUTURE PAST est le meilleur film de la saga et peut-être bien le meilleur film de super héros/mutants/types à pouvoirs du monde. C’est la somme de tout ce qui est bon dans tous les films X-MEN. Ambitieux et humble à la fois, c’est un véritable coup de maître dont je n’aurais pas cru Singer capable.

Dans le futur, les mutants sont massacrés par des robots surpuissants nommés Sentinelles. Charles Xavier (Patrick Stewart) et Magnéto (Ian McKellen) envoient dans le passé Wolverine (Hugh Jackman) grâce aux pouvoirs de Kitty Pride (Ellen Page) afin qu’il prévienne les X-Men du futur horrible qui se prépare. Largué en 1973, Wolverine doit rallier Charles (James McAvoy) et Eric (Michael Fassbender) et empêcher Mystique (Jennifer Lawrence) d’abattre l’industriel Bolivar Trask (Peter Dinklage) dont la mort entraînera la fabrication en chaîne des Sentinelles qui éradiqueront les mutants.

Évidemment avec un pitch pareil, la porte était ouverte à un grand gloubiboulga temporel foutraque avec des caméos de mutants qui popent dans tous les coins pour assurer le fan service. Il n’en n’est rien. Le film se concentre sur une histoire, sans digression ou personnages parasites et installe des enjeux faramineux dès le départ avec ce futur dystopique à la TERMINATOR 2 où les mutants sont traqués par des sentinelles tueuses redoutablement coriaces (elles s’adaptent aux pouvoirs de leurs adversaires pour les contrer). Après un premier morceau de bravoure redoutable dans lequel se mélange les pouvoirs d’une demie douzaine de mutants, l’intrigue suit Wolverine envoyé en 1973. (Il est intéressant de constater que d’habitude les films qui utilisent le voyage dans le temps comme ressort scénaristique partent du principe qu’il suffit de tuer une personne précise dans le passé pour annuler un futur catastrophique. Là c’est l’inverse qui est proposé. Sauver la vie de Bolivar Trask empêchera la cristallisation de la haine contre les mutants et la fabrication des Sentinelles.)

J’avais terminé la critique de X-MEN: LE COMMENCEMENT par un vœu pieux. Le prochain film de la franchise sera une réussite s’il se concentre d’avantage sur la paire Magnéto/Professeur X et approfondit leur relation. C’est chose faite ici. Logan n’étant qu’un messager, le film se fixe sur un Charles Xavier de 1973 devenu reclus alcoolique et junkie (il a abandonné ses pouvoirs télépathiques pour pouvoir remarcher), en proie au doute et à la peur. Il est le pivot (comme Magnéto l’était dans LE COMMENCEMENT) d’un métrage aux accents tragiques où les personnages et leurs interactions sont traités avec intelligence et justesse.

L’action n’est pas en reste toutefois, le film étant ponctué de scènes jouissivement fun comme l’évasion du Pentagone qui nous présente les pouvoirs de Vif-Argent, et d’autres comme l’attaque de la cachette des X-Men par les Sentinelles. Preuve que Singer, cinéaste plus préoccupé par les dialogues et les personnages (Yannick Dahan dit de lui qu’il fait du cinéma de papy) est capable de trousser des scènes d’action maousses et lisibles, ce qui est une rareté de nos jours.

vifargent

la démonstration des pouvoirs de Vif-Argent (sur « Time in a Bottle » de Jim Croce)

 

Ce DAYS OF THE FUTURE PAST, s’il ne s’inspire que lointainement du comics source (je ne sais pas, je ne l’ai pas lu mais il semblerait qu’il s’agisse du sentiment général sur le web) est néanmoins un grand film bourré de sincérité et de respect pour son univers et ses personnages, au scénario malin et maîtrisé de bout en bout, ancré dans l’histoire de l’Amérique (une scène de sauvetage au Vietnâm et un dialogue au sujet de Kennedy assez savoureux), nous rachetant ainsi de toutes ces itérations besogneuses torchés par des bureaucrates incompétents et des yes-men transparents qui ont pourri nos écrans ces dernières années. Au rang des déceptions, on pourrait arguer que le rythme est peu trop soutenu. Des coupes drastiques ont surement été faites (une est connue. Elle mettait en scène Anna Paquin) Par conséquent, une éventuelle version longue (croisons les doigts) permettra au film de mieux respirer et donnera peut-être au personnage de Peter Dinklage un peu plus de présence. Wolverine est aussi quelque peu sous-utilisé et ses débordements bestiaux toujours pas d’actualité mais ça, c’est une critique générale imputable à l’ensemble de la saga. Des défauts pardonnables au regard des énormes qualités du métrage.

DAYS OF THE FUTURE PAST charrie son lot de trous scénaristiques (inhérents au genre blockbuster spectaculaire) mais prend toutefois le temps qu’il faut pour expliquer et annuler les erreurs accumulées dans les histoires précédentes qui sont, il faut bien l’avouer, légion. Il passe aussi judicieusement sous silence les bourdes les plus irrattrapables. C’est tout le problème de la saga X-MEN d’ailleurs. En tant que première franchise de super-héros de l’ère moderne, elle a ouvert la voie au cinéma geek que l’on connaît (Spider-Man et consorts) mais elle a aussi avancée complétement à l’aveugle, caractérisant certaines personnages en dépit du bon sens et en s’enfonçant dans des trames scénaristiques en cul-de-sac au fil des années. La volonté de ne pas rebooter la saga mais de lui donner un nouveau souffle grâce à un casting plus jeune dans le cadre de préquelles qui font quand même partie du canon de la série (X-MEN : LE COMMENCEMENT, donc) était une initiative tout à fait respectable mais Ô combien casse-gueule.

Hé bien, grâce à son intrigue science-fictionnelle qui utilise le voyage dans le temps comme fil conducteur, Bryan Singer en profite pour ajuster son univers et opérer une sorte de reboot dans la continuité au travers d’une dernière scène magnifique qui m’a bouleversé. Une manière de dire « on sait qu’on a merdé mais on va se rattraper ». Mea Culpa louable pour un projet enthousiasmant qui aurait pu n’être qu’un énième blockbuster sans âme et qui est, au final, beaucoup plus: un vrai film qui restera dans les mémoires.

Days of the Future Past (2014)
de Bryan Singer
avec Hugh Jackman, James McAvoy, Michael Fassbender, Jennifer Lawrence, Halle Berry, Nicholas Hoult, Patrick Stewart, Ian McKellen, Ellen Page, Peter Dinklage

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Captain America et la recette Marvel

Hé, non, on a pas lâché l’affaire. A MacBrains on continue bien à aller voir tous les films Marvel qui sortent, seulement vu le niveau d’indigence des bouzins depuis un certain temps, on était un peu accablés et pas forcément trépignants à l’idée d’écrire sur le sujet. Avec la sortie de Captain America: Le soldat de l’hiver de Anthony et Joe Russo notre motivation est un peu revenue. Un peu. Constat sur le run frénétique que pratique Hollywood avec les super heroes movies.

Avengers assemble

Avengers aurait dû être un accomplissement filmique révolutionnaire, un grand film choral mettant en scène la crème des super-héros dans l’un des blockbusters les plus onéreux jamais produits. Après cinq films de présentation pour chacun de leurs personnages, Marvel achevait sa « phase 1 » avec le plus grand pétard mouillé de l’histoire du cinéma. J’en ai encore mal à la tête.

Confié à Joss Whedon (Buffy contre les vampires, les gars…) le grand crossover épique qui aurait dû rabaisser Avatar au rang d’épisode de Joséphine ange-gardien ne fût qu’une vaste déception. Incapable de créer un enjeu quelconque, comme un antagoniste crédible ou une vraie menace, Whedon enferme le super cool Iron Man, le dieu nordique surpuissant Thor, Captain America fraîchement décongelé, le potentiellement super dangereux Bruce Banner, la super bien balancée veuve noire, le super heu…enfin Hawkeye, Nick Fury et Maria Hill dans un gros vaisseau pendant la moitié du film, leur faisant débiter des punchlines ineptes (« ce mec joue à Galaga ») dans des scènes même pas dignes de Friends et les obligeant à réparer une turbine de réacteur durant 20 minutes. Pendant ce temps-là, le grand méchant du film (Loki, le frère fielleux de Thor qui fait peur comme un marshmallow) accouche d’un plan génial: voler le cube cosmique d’Odin (appellé dans ce film le Tesseract) et préparer le terrain à une invasion d’aliens génériques en se faisant emprisonner puis en mettant en pétard et en rassemblant dans la même pièce les super-héros les plus puissants du monde, seuls êtres capables de lui casser la margoulette en deux coups de cuiller à pot. Ce qu’ils font. Inutile de dire que le happy end arrive rapidement et sans beaucoup d’efforts mais avec beaucoup d’incohérences (Hein, quoi? Bruce Banner peut devenir Hulk quand il veut?)

"Alors comme ça ton super plan c'est de rassembler les plus grands héros de la terre pour te casser la gueule..."

« Alors comme ça ton super plan c’est de rassembler les plus grands héros de la terre pour te casser la gueule? »

"..."

« … »

Ce film est néanmoins un vrai plaisir coupable mais qui tient plus de la comédie potache que du grand crossover épique ultime. Cruelle déception pour qui attendait ce film depuis l’épilogue de Iron Man en 2008…

La « phase 2 » que Marvel mit en route dès 2012 (vous avez compris le principe, hein. Entre chaque Avengers, Marvel produit un film sur chacun de leur héros dans une aventure séparée) avec Iron Man 3 et Thor 2: Le mondes des ténèbres confirmèrent mes pires craintes: malgré la présence de pointures du scénar (Shane Black sur Iron Man) ou d’artisans capables (Alan Taylor sur Thor), les films Marvel ne sont au final que de médiocres actioners affreusement génériques et bas du front, à la production design paresseuse et aux concepts racoleurs jamais traités, incapables de faire plus qu’effleurer la psychologie et les fêlures de leurs personnages (chose que les comics ont réussis à faire depuis longtemps avec, par exemple, l’alcoolisme de Tony Stark).

Pire que ça, et là, à mes yeux c’est un pêché mortel: Marvel est totalement incapable (ou s’en fout complétement, c’est aussi possible) de rendre son univers cohérent. Chaque film est cloisonné et aucun super-héros ne viendra prêter main forte à un collègue dans un film qui n’a pas son nom sur l’affiche. Même si l’intrigue le permet, voire l’exige, aucune intervention du S.H.I.E.L.D. dans Iron Man 3. Jamais, alors que l’on parle de malveillance informatique, de clé de cryptage et d’armes de guerre super sophistiquées dans le nouveau Captain America on ne pensera à appeler Tony Stark dont c’est le domaine d’expertise. Que fout Oeil de Faucon entre deux Avengers? Personne ne sait. Il doit gagner des prix à la foire d’archerie de Saint-Alban-sur-Limagnole, qui sait.

On est donc fortement abattu à MacBrains avec cette formule « happy meal for kids » qu’on nous ressert à tout bout de champs. C’est la paupière tombante, traînant les pieds et pestant contre la 3D imposée que nous sommes allés voir Captain America: Le soldat de l’hiver. Quelle ne fût pas notre surprise de découvrir un film qui, s’il n’est pas un chef d’œuvre (oulà, faut pas déconner non plus!), s’avère être une très bonne surprise et l’une des toutes meilleures livraisons de la maison à idées.

(Pardon pour cette exposition particulièrement longue et fastidieuse)

cap2 poster

America, f**k yeah !

Steven Rogers, super soldat boy scout patriotard congelé à la fin de Captain America: The first Avenger (lire la critique ici) est réveillé 70 ans plus tard par la super unité d’espionnage du S.H.I.E.L.D. Le pauvre est bien marri puisque tous ces amis sont morts, la guerre est finie depuis perpète et au 21ème siècle il est bien plus difficile de savoir qui sont les gentils et qui sont les méchants…sans compter qu’il a du retard à rattraper au niveau télé (25 saisons d’Amour, Gloire et Beauté et tout 17 ans et Maman sur MTV). Après le événements d’Avengers, Captain America travaille désormais pour le S.H.I.E.L.D. mais découvre rapidement que cette organisation à un côté sombre…

Dans un monde post-onze septembre où l’on ne peut plus reconnaître ses ennemis à leurs uniformes, au milieu des conglomérats économiques, des magouilles politiques, des agents doubles, des drones, du cyber-espionnage et du terrorisme, toutes les frontières sont brouillées. Quand le S.H.I.E.L.D. se propose de prévenir le crime avant que celui-ci ne soit commis, s’agit-il encore de sécurité nationale ou de terreur à la Minority Report? Steve Rogers est en proie à un dilemme éthique. Que peut faire un type seul, armé d’un bouclier et d’un costume d’Halloween contre le monde moderne? Où est sa place? A qui peut-il faire confiance et en quoi peut-il croire?

Le métrage des frères Russo (connus jusque là pour leur travail tv tels Community ou Arrested Development) ne passe que superficiellement sur à peu près toutes ses thématiques…mais c’est toujours mieux que rien.

Plutôt que de proposer des péripéties légères et teintées de vannes comiques, Captain America: le soldat de l’hiver joue plutôt la carte du thriller/film d’espionnage ce qui est une excellente idée. Mais l’action n’est pas en reste. Si Steve Rogers enquête (on dirait le titre d’un magazine pour ados des années 50), il assume aussi beaucoup mieux son statut de super héros que ses petits collègues qui tchatchent au lieu de distribuer des mandales (hum hum Tony Stark). Le métrage est émaillé de scènes d’action nombreuses et assez jouissives avec des empoignades fluides et badass à peine entachées parfois par une shaky cam malvenue. Mention spéciale à la scène d’ouverture sur un bateau et à un pugilat très réussi dans un ascenseur. Seule la scène d’action finale, bourrée de FX bof et de grosses explosions, a un goût de réchauffé.

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« Ah mais heuuuu! C’est à moieuuu… »

Scénaristiquement, le film échoue à transcender son matériau de base mais fait l’effort honorable d’esquisser (comme ça, en creux, entre deux explosions) des émotions. Si, si. Il donne enfin un peu d’épaisseur au personnage de Natasha Romanov et plus de deux lignes de dialogues à Samuel L. Jackson pour faire exister Nick Fury. Il tente également une confrontation empruntée d’amertume et de nostalgie entre Cap’ et son doppelganger maléfique venu du passé, le fameux soldat de l’hiver. Certaines scènes ratées, telles les retrouvailles entre Steve et l’amour de sa vie, Peggy Carter (Hayley Atwell qui a piqué la prothèse faciale de Guy Pearce dans Prometheus) auraient pu être, sur le papier du moins, vraiment magnifiques.

Pas de surprises ébouriffantes donc, ni même de grands moments mais un des tout meilleur film de l’écurie Marvel…en tout cas le moins indigent depuis trop longtemps. les frères Russo, s’ils suivent un peu trop la « recette Marvel » instaurée par l’inepte Kevin Feige, s’en sortent avec les honneurs et ne bousillent pas la franchise (on ne peut pas en dire autant des collègues). Captain America garde sa dignité jusqu’au bout, sans doute grâce aux éléments amenés par le premier film, réalisé par Joe Johnston, qui n’était pas le sale étron racoleur et putassier qu’on veut bien nous faire croire.

Voilà, entre deux épisodes de Game of Thrones, vous pouvez clairement donner sa chance à ce soldat de l’hiver. En attendant qu’ Edward Wright (Shaun of the Dead, Hot Fuzz et le sublime Scott Pilgrim VS The World) n’appose son génie sur Hank Pym, alias Antman, le super héros qui rétrécit et qui parle aux fourmis. Des promesses…

Captain America 2: Le soldat de l’hiver (2014)
de Anthony et Joe Russo, avec Chris Evans, Scarlett Johansson, Samuel L. Jackson, Robert Redford, Colbie Smolders, Anthony Mackie, Sebastian Stan, Frank Grillo, Toby Jones

Même pas Cap

Les adaptations cinématographiques de comics ont le vent en poupe, ce n’est un secret pour personne. Et aux commandes de ce petit monde, Marvel dispose d’un réservoir quasi inépuisable de héros et d’aventures qu’elle exploite avec succès depuis une bonne dizaine d’années.

Quelques chiffres pour s’en convaincre ? Les X-Men (1,2 et 3) ont rapporté en moyenne 384 millions de dollars par film (pour un budget moyen de 136 millions), Iron Man 1 et 2 ont permis un retour sur investissement moyen de $ 434 million (budget moyen: $ 170 millions, revenu moyen: $ 604 millions) et Spider Man 3 a rapporté à lui tout seul 890 millions de dollars (pour un budget de $ 258 millions)*.

Bref, les films de super héros, ça rapporte gros (sauf Punisher qui a réussi à perdre 25 millions). C’est sans aucun doute le constat fait par les exécutifs de Marvel qui, ayant allègrement exploité les icônes phare de leur production, se sont mis à se creuser le neurone pour trouver un projet leur permettant d’acheter de plus gros Yachts.

Avengers Assemble !

Qu’y a-t-il de plus alléchant (et de plus prometteur commercialement) qu’un film avec un super héros ? Un film avec plein de super héros. Or il se trouve que le catalogue Marvel recèle d’arcs narratif relatant les aventures d’un groupe de héros appelés les Vengeurs (Avengers in english). « Banco!  » se sont écriés en choeur les directeurs de Marvel, la bave aux lèvres devant tant de revenus potentiels, « Nous allons faire un film par personnage et ensuite les réunir tous dans une méga production ».

Le résultat jusqu’ici ? Thor et Captain America…

Permettez que je glisse comme limace sur verglas sur le premier et que je déverse ma bile sur le second. Car c’est l’objet de cet article, après tout.

Scout toujours

Si vous ne connaissez pas Captain America, imaginez un boy scout de 2 mètres en juste au corp bleu, avec des bottes à revers et… un bouclier portant la bannière étoilée.

Voilà, vous savez tout ce qu’il y a à en savoir. Car Captain America n’a pour lui que le fait d’être le premier personnage a avoir été créé par Marvel. En dehors de cela, point de message du genre « avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités », point de fêlure du type « je suis l’homme le plus intelligent et riche du monde, j’ai une armure qui vole mais aussi un sérieux problème de boisson et de sociabilité », ni même de pseudo profondeur mythique comme « je suis le dieu du tonner, fils d’Odin, mais je n’arrive pas à emballer au premier rendez-vous ».

Rien. Nada. Que pouic.

Vous pouvez lire tous les arcs narratifs de Captain America (et j’en ai lu ma part), ce héros est aussi lisse qu’une piste de curling, aussi monolithique qu’un carambar et aussi profond qu’une BD de Martine.

Alors quand l’équipe (très nombreuse mais néanmoins au complet) de MacBrains est aller voir le film lui étant consacré, les pire craintes m’habitaient. Comment un film sur un personnage qui n’a de raison d’être que par ceux qui l’entourent (voir Civil War) peut-il donner quelques chose d’intéressant (qui plus est lorsqu’il n’est pas entouré)?

Once upon the time

J’avoue que la première partie du film m’a captivé. La genèse du Captain, fidèle aux écritures marvelliennes, se laisse regarder (l’immense Tommy Lee Jones, le décidément très méchant Hugo Weaving et la croquante Hayley Atwell n’y étant pas totalement pour rien). La première action du super soldat (sans costume ni bouclier) est totalement réussie. L’idée de ses débuts « opérationnels » comme collecteur de fonds pour l’effort de guerre est carrément brillante.

Puis arrive le milieux du film. On passe aux « choses sérieuses », Captain America passe à l’action et l’intérêt des spectateurs l’arme à gauche. Oui, ce film qui avait si bien commencé, qui recèlerait tant de trouvailles, bascule dans une panouille tout juste digne du film de 1990 (cf Hollywood et les comic book movies).

Dialogues lourdingues (« Mais qui êtes-vous ? », « Je suis Captain America »… j’ai pouffé), scènes d’action boliwoodiennes (mention spéciale à la poursuite en moto…), partie de frisbee et trauma larmoyant (le meilleur amis mourant dans le feu de l’action). C’est lourd, c’est moche et c’est indigeste au point que l’on se demande si Joe Johnston n’a pas laissé la réalisation de la fin de son film au type qui faisait les cafés, histoire d’aller manger un pizza 4 fromages en regardant le foot.

Bad to the bone

Un bon film d’action c’est avant tout un bon méchant (enfin un méchant méchant mais bon dans le sens qu’il est vraiment méchant… enfin, je me comprend). Et le méchant de ce film c’est… la 3D !

J’avoue, je n’aime pas la 3D. Je l’exècre, même. Mais là, franchement, elle n’apporte RIEN. Pas un seul plan qui en tire partie, ce qui est tout de même assez fort pour un film d’action. En plus, elle rend l’image floue et sombre. Non, s’il vous plaît, je veux bien que vous majoriez le prix de vos films, là, mais arrêter avec cette manie de mettre de la 3D partout. Sur un film sans épaisseur, ce n’est pas la 3D qui va donner de la profondeur aux personnages…

Ah oui, il y a aussi un méchant nazi qui a trop pris le soleil sans écran total, mais il est anecdotique puisque ce n’est pas lui qui a raison du héros. Non, le personnage le plus dangereux du film, le seul qui mette Captain America en échec c’est… le pilote automatique (on y apprend au passage que les allemands écrivaient leurs tableaux de bord en anglais). On se croirait dans un film d’Abrahams et Zucker sauf qu’eux ils faisaient exprès d’être absurdes.

Bref, un zéro pointé pour ce navet qui, je l’avoue, ne présage rien de bon pour les Vengeurs et le futur des adaptations de comics Marvel. Cet univers aurait-il donné ce qu’il a de meilleurs (X-Men: First Class)? Ne serait-il pas temps de passer à autre chose ?

* * *

* chiffres tirés de l’IMDB, of course.

Dans les même saveurs, le patron vous propose:

Des étrangers au paradis

Retranscription d’une conversation anodine entre votre serviteur et un quidam prétendument bédéphile dont le nom ne mérite pas ici d’être cité.

Un abruti quelconque: Hé! C’est toi qui a dessiné ça?

Moi: Hein…heu…ah bah non. C’est Terry Moore.

Abruti: Terry qui?

Moi: Non mais c’est Strangers In Paradise, le meilleur comics du monde.

Abruti: Et ça parle de quoi?

Moi: Bin, c’est l’histoire de deux filles, leur vie, leurs amours…

Abruti: Attends?! Y a pas de super pouvoirs? Des mecs en collant? Personne ne tire de laser avec ses yeux? C’est pas un vrai comics…

(bruit lourd d’un parpaing volant à l’horizontale qui atteint sèchement une mâchoire inférieure)

Moi: Oui! Il existe des comics qui ne parlent pas de super-héros! Si tu veux bien arrêter de saigner sur mes chaussures, je t’explique…

(Bon alors c’est vraiment pas pour tailler des costards, mais penser qu’un pays qui a vu naître Charles M. Schulz, Will Eisner, Chris Ware, Art Spiegelman ou Bill Watterson n’est capable que de produire de la bd de super-héros, m’invite à me demander si certaines personnes ne devraient pas échanger leur nouveau modèle de téléphone portable qui fait même les frites contre une carte de bibliothèque, histoire d’ouvrir quelques peu leurs horizons.)

Donc…Strangers In Paradise a débuté comme une mini-série auto-édité par Terry Moore en 1993 (le genre autodidacte-je-dessine-dans-ma-cuisine) avant de devenir un vrai succès tout au long de ses 106 chapitres (conclue aux USA, la série est à mi-course dans sa version française).

Je rêve de toi

Strangers In Paradise (titre inspiré de la chanson de Tony Bennett, on dit aussi SIP pour faire court) c’est l’histoire de Francine Peters, grande gigue texanne brune et rondelette, très fleur bleue et toujours plaquée par des beaufs machos et de Katina “Katchoo” Choovanski, petit blonde bisexuelle et volcanique. Meilleures amies au lycée, elles se sont perdues de vue pendant quelques années. Quand la série commence, elles sont en colocation et Katchoo aimerait bien qu’il y ai plus que de l’amitié entre elle et Francine. Apparaît alors le jeune David Quin qui tombe amoureux de Katchoo.

Ce triangle amoureux, cœur narratif de la série pourrait faire croire à une banale bd romantique mais Moore offre une psychologie réellement complexe à ses personnages. Il incorpore également à l’histoire des éléments de comédie burlesques digne d’un sitcom ainsi que du thriller TRES noir (la série revient sur le passé obscur de certains personnages, avec révélations en pagaille, complots, secrets, meurtres, mafia etc…) qui changent l’ambiance et le tempo de la série.

Voici enfin un comics qui peut se targuer d’explorer réellement la psychologie, de sonder l’âme de ses personnages, sans mondes parallèles ni besoin compulsif de désaper ses héroïnes toutes les trois cases pour faire du chiffre.

« Sans amour, nous ne sommes que des étrangers au paradis. »

Ce qui rend SIP tout à fait à part dans la production bd mainstream c’est aussi son dessin. Terry Moore dessine les plus belles femmes du monde. Point. (Bon, ça c’est fait…) Sachant masquer ses lacunes (décors et véhicules en particulier, surtout au début de la série), Moore concentre ses cases au plus près des visages de ses protagonistes, leur insufflant ce supplément d’âme qu’aucun autre dessinateur n’a jamais su donner et plante des expressions d’une justesse absolue dans un noir blanc pur irrésistible à peine entaché par des trames parfois maladroites exigées par sa maison d’édition.

Sur le fond, la narration fait le grand écart entre plusieurs ambiances qui parfois s’enchevêtrent, Moore n’hésite pas à triturer la chronologie pour brouiller les cartes, se permettant de nombreux flashbacks, flashforwards mais aussi des scènes purement conditionnelles qui explorent certains choix potentiels de ses héroïnes (Francine qui s’imagine vieille, mariée, avec une fille).

Sur la forme c’est encore plus ambitieux: Non seulement la mise en page est toujours très travaillée mais Moore fait de certains chapitres des parodies de strips célèbres (comme Calvin & Hobbes ou Peanuts) ou de la série télé Xena la guerrière, adaptant son dessin en conséquence. Certains chapitres sont même narrés sous forme purement textuelle (une partie de l’histoire est en fait racontée via un manuscrit lu par une éditrice, présentée par la fille de Francine dans un futur incertain) et sont complétés de rapports de police, de photographies, d’extrait de journal intime ou encore de chansons et de poèmes. Tous ses éléments apportant encore plus de profondeur et de densité au récit.

Pour résumé, Strangers In Paradise est une série atypique et pleine d’humanité, où la part belle est faite à la psychologie de personnages féminins complexes et attachants (ce qui, il faut bien l’admettre, est plutôt rare dans l’univers testostéroné et linéaire du comics US). Récipiendaire de plusieurs prix (Eisner Awards, GLAAD Awards. On l’indique toujours, c’est parfait pour se la péter dans les soirées mondaines) SIP mérite grandement que l’on y jette un coup d’oeil. Alors n’hésitez pas.

Trois éditeurs différents s’étant succédés pour la vf, il est un peu chaotique d’obtenir les 8 premiers tomes. Toutefois, les éditions Kymera (actuellement aux commandes de la pubication en vf) sont en train de republier les anciens volumes afin de faire la jonction avec les nouveaux. On peut trouver des intégrales (6 volumes petit format) en version anglaise. Il n’y a donc pas d’excuse pour ne pas découvrir cette grande série. Au moins pendant ce temps-là, vous ne devrez pas apprendre les chorégraphies de Glee.

X-Men: le commencement

Par Jérémie Borel

J’offre des cours de photoshop gratuits au graphiste qui a commis cette affiche

Après sa parodie des films de super-héros (le très fun Kick-ass), l’anglais Matthew Vaughn en réalise enfin un vrai, X-Men: le commencement et s’arrange pour frapper un coup de maître, relevant une franchise qui s’était étalée dans la boue depuis deux films (le médiocre X-Men 3: l’affrontement final, qu’il avait refusé de réaliser et le consternissime X-Men Origins: Wolverine qui faisait passer un épisode de Gossip Girl pour une œuvre  de Terrence Malick).

1962, Charles Francis Xavier est mandaté par la CIA pour former un groupe d’agents mutants afin de contrecarrer les plans d’un certain Sebastian Shaw qui cherche à monter les USA contre les soviétiques en vue de créer la 3ème guerre mondiale. Il va croiser la route d’un jeune mutant, Erik Lehnsherr, le futur  Magneto et leurs opinions vont diverger sur l’avenir laissé par l’humanité aux mutants.

First (très) Class

Vaughn réussit le pari de redorer la blason de l’univers X-Men en y injectant du sang neuf. Nouvelle époque (les années soixante, préquelle oblige), nouveaux mutants et donc nouveau casting mais surtout une bonne dose de totale badass attitude qui était honteusement absente du reste de la franchise (particulièrement sur l’épisode dédié  à Wolverine où on s’attendait légitimement à autre chose qu’à des découpages de lavabo et des parties de cache-cache en forêt). Michael Fassbender (le lieutenant Hickox de Inglourious Basterds) traquant les anciens nazis responsables de la mort de ses parents, délivre une prestation de dingue  et bouffe tout le film. On aurait aimé que cet aspect du métrage soit plus profondément traité, tant le personnage de Magnéto est fascinant (un film entier sur ses origines devait être réalisé mais fût abandonné en cours d’écriture. Surement qu’un certain nombre de scènes ont finalement atterries dans le scénar de X-Men: le commencement).

Le professeur Xavier et Mystique ne sont pas en reste dans une intrigue qui fait très intelligemment la part belle à la psychologie des personnages, au côté humain et émotionnel des situations tout en emballant de temps à autre des scènes d’action bien troussées mais qui ne phagocytent jamais l’histoire.

Même de dos, ce type est totalement badass

Le casting, donc, est brillant. Fassbender est un nouveau Sean Connery, James Mc Avoy (le dernier roi d’Ecosse) et Jennifer Lawrence (le génialissime Winter’s Bone) sont excellents et les relations entre ces trois personnages sont superbement écrites. Du côté des méchants, c’est aussi un régal car on ne tombe jamais dans le manichéisme de serial (Chaque mutant étant susceptible de basculer dans un camp ou dans l’autre selon les arguments). Kevin Bacon est suave et fourbe à souhait, January Jones est belle à tomber et Jason Flemyng dans le rôle d’Azazel emmène une scène d’action, l’attaque des bureaux de la CIA, à un niveau de démastiquage nerveux et de cruauté seulement égalé par la fameuse scène d’ouverture de X-Men 2.

Quelques caméos excellents (un, en particulier, délectable); des références en pagaille; un casting bien senti sur une intrigue intelligente: Vaughn remet X-Men sur les rails mais n’accouche pas d’un chef-d’œuvre pour autant, le film souffrant d’un certains nombres de faiblesses qui entachent mon plaisir de fan pur et innocent (hum!).


First (pas) Class

Comme d’habitude, beaucoup de personnages sont présentés et tous n’ont pas droit à un temps d’écran nécessaire pour réellement exister (même si je dois l’admettre, on se fiche un peu comme d’une guigne des têtards adolescents qui ne sont là que pour être entraînés par le professeur X).

Au début du film, les scènes s’enchaînent à une telle vitesse qu’on se demande si le monteur n’a pas oublié une ou deux bobines sous le siège de sa voiture. Pour une intrigue aussi dense, on aurait aimé un peu plus temps et d’ampleur, les scènes s’arrêtant brutalement alors qu’elles ne semblent pas terminées.

Le marathon que fut la production (20th Fox oblige) a certainement obligé Vaughn à faire des concessions sur les effets spéciaux et ça se ressent: Ils sont franchement inégaux, en particulier le maquillage du fauve (qui ressemble plus au cookie monster du Muppet Show qu’à un mutant) et des incrustations parfois un peu light. Il y a aussi un aspect qui me fait particulièrement grincer des dents et qui me fait souvent passer aux yeux des quelques amis qu’ils me reste pour un vieux con râleur, c’est la liberté que prend Vaughn avec la cohérence de l’univers de la franchise X-Men. Je ne parle pas des comics mais seulement des films. Beaucoup d’entorses sont faites à la chronologie de la première trilogie. Tout le monde se fout de savoir que Moïra McTaggert apparaissait déjà dans X-Men 3 sous les traits d’Olivia Williams et qu’on voyait succintement une Emma Frost adolescente à la fin de Wolverine mais moi, ça me fait tiquer. En même temps se ne sont que des détails, je ne me lancerai donc pas dans un cabbale vengeresse.

Le film cartonne et une suite est prévue. Si les auteurs ont le bon goût de resserrer leur intrigue autour de la relation Charles Xavier / Erik Lehnsherr, la qualité (déjà excellente) n’en sera que meilleure. On croise les doigts pour que cette nouvelle franchise X-Men garde le cap.

X-Men: Le commencement (2011)
de Matthew Vaughn avec James McAvoy, Michael Fassbender, Jennifer Lawrence, Rose Byrne, Kevin Bacon, January Jones, Nicholas Hoult

A Thor et à travers*

Par Jérémie Borel



Futur roi du royaume d’Asgard, Thor (Chris Hemsworth) est banni par son père Odin (Anthony “je ne me fais plus chier à jouer” Hopkins) sur terre afin d’y apprendre l’humilité. Pendant ce temps, le frère jaloux Loki (Tom Hiddleston) lorgne vers le trône.

Marvel continue de préparer le terrain à son méga-crossover Les Vengeurs (l’Expendables des films de super-héros…en espérant que ça soit meilleur que Expendables.) avec cette fois l’origin story d’un des persos les plus improbables de son écurie, Thor. Qu’avait fumé l’ami Stan Lee quand il décida d’ajouter un dieu viking avec des enjoliveurs sur le torse et un casque à ailettes sur la tête à l’univers de Marvel Comics?

Qu’est-ce que la mythologie nordique a à voir avec des super-héros ricains en spandex fluo? Pourquoi le fils d’Odin, Dieu des dieux, descendrait d’Asgard pour aller combattre des méchants de pacotille dans les rues de New-York accompagné de Iron Man ou de la guêpe? Hé bien, je n’en sais fichtre rien et le film de Kenneth Branagh élude soigneusement la question en se contentant de raconter une classique origin story, avec juste quelques allusions aux précédents films Marvel, disséminées le long du récit  (un personnage fait mention d’un de ces amis scientifiques qui travaille sur les rayons gamma, Oeil de Faucon (Jeremy Renner) fait une apparition aussi courte qu’inutile et un membre du S.H.I.E.L.D. demande si le robot géant qui vient d’atterrir en plein désert du Nouveau-Mexique ne sort pas des usines Stark.)

Oui, mais alors,  Thor le film, c’est bien ou pas, me demandez-vous, fébriles? Vaut-il la peine que je débourse l’équivalent d’un rein et que je me coltine un mal de tête carabiné avec des lunettes 3D qui me donne en plus un look ridicule? Vais-je voir des Walkyries fortement poumonées chevauchant de grands destriers ailés? Y aura-t-il des batailles à l’échelle cosmique avec des dieux vengeurs? Natalie Portman sera-t-elle à poil? Réponses…

Notez l’ascétisme des décors et des costumes.

Mettons les choses au point: l’engagement du shakespearien Kenneth Branagh comme caution auteurisante-intello par la production n’est que poudre aux yeux. Ce film se présente comme un pur popcorn movie bas du front, à l’imagerie tantôt super kitsch (Asgard), tantôt honteusement banale (toutes les scènes sur terre) qui édulcore et américanise Thor au maximum, afin de faciliter l’identification avec l’adolescent ricain lambda.

Le film à toutefois quelques belles scènes, surtout dans sa première partie sur Asgard qui nous présente les relations familiales complexes entre Thor, son père Odin et son perfide frère Loki (excellemment bien interprété par Tom Hiddleston. Ce type est un pur voleur de scène comme il n’y en a pas eu depuis Christoph Waltz dans le Inglourious Basterds de Tarantino), exposant une guerre antique avec une race de géants de glace; le tout avec des relents shakespeariens solennels et un rien pompeux que j’affectionne particulièrement. J’imagine que c’est dans ces scènes de tragédie familiale bien écrites que Kenneth Branagh  a apporté sa patte.

Si on veut bien faire l’impasse sur les décors kitchissimes (le grand pont de lumière menant au Bifrost ressemble furieusement à l’arc-en-ciel des bisounours) et aux costumes en caoutchouc bling-bling qui font très mal aux yeux, la première demie heure fonctionne plutôt bien et se conclue sur un climax efficace, une baston en CGI barbare entre les Asgardiens et les géants de glace.

Peut-être la seule scène potable de tout le film

Toute la deuxième partie qui se déroule sur terre est par contre vraiment consternante. La faute à un scénar mal structuré qui ne refait jamais mieux que l’assaut sur Jötunheim au début du film. L’histoire d’amour entre Thor et Jane Foster (Natalie Portman, très fatiguée après Black Swan) est gravement sous-écrite, l’action est circonscrite dans un rayon de 100 m2 au milieu du désert et des péripéties molles avec des sidekicks lourdingues (l’assistante qui parle de Mjölnir en disant « Mio mio » ou encore les compagnons de Thor qui ressemblent à des ados bourrés sortant d’un cosplay) s’enchaînent jusqu’à un happy-end mielleux.

Thor peut toujours compter sur ses fidèles et valeureux guerriers que sont Robin des Bois, Judo Boy, Obélix et Kim Kardashian

Bref, Thor n’essaye jamais d’embrasser toute la profondeur mytholgique de son sujet et se vautre lamentablement à essayer de rendre crédible visuellement le royaume d’Asgard et les über-mensch qui l’habitent. Conscient de ses limites, le film préfère la jouer blockbuster ras-les-pâquerettes avec son culturiste métrosexuel qui prépare du bacon au p’tit déj à ses amis et qui découvre le pouvoir de l’amour et de la tolérance entre deux empoignades molles avec des cascadeurs anonymes dans des flaques de boue. C’est formaté, c’est édulcoré et ça n’arrive pas au niveau d’un Iron Man ou de X-Men 2 mais bon, on est tout de même bien au dessus de Iron Man 2. C’est déjà ça.

On remettra la compresse en juin avec Captain America de Joe Johnston, qui sera le dernier film Marvel avant l’événement Les Vengeurs planifié pour 2012.

Ha, et si jamais vous décidez de quand même vous déplacez pour voir ce film, attendez sagement dans votre siège la traditionnelle scène post-générique pour voir le toujours classe Samuel L. Jackson dans le rôle de Nick Fury.

Thor (2010) de Kenneth Branagh
avec Chris Hemsworth, Natalie Portman, Tom Hiddleston, Stellan Skasgard, Anthony Hopkins, Idris Elba, Renee Russo

*Vous avez échappé à des jeux de mots bien pires que celui-ci, comme par exemple: “Le Thor ne tue pas, mais le ridicule si.”, “Thora Thora Thora”, “Sans coup Fenrir”, “prends Asgard à tes fesses” et d’autres que je préfère ne pas citer.

Steve Jobs fait le comics

Par David Borel

Etant un très grand fan de comics, l’une des premières application ayant été installée sur mon iPad fut Marvel Comics (Gratuit, Lien iTunes). Depuis, j’y ai dépensé une somme considérable pour compléter ma culture de BD-phile en lisant des cycles qui m’avaient jusqu’ici échappé (Civil War, tout Iron Man depuis 2004, Wolverine: Origin, et j’en passe).

Or dernièrement, j’ai enfin lu le cycle Secret Invasion. Malgré certaines critiques, je l’ai trouvé très bon car jouant sur  le registre psychologique de la confiance.

Rassurez-vous, cette intro est très longue mais voilà où je voulais en venir: Au détour du tome 5, le scénariste a placé une séquence durant laquelle des extra-terrestres ayant pris l’apparence de personnalités célèbres tentent de décourager toute résistance à leur invasion. Et là, au milieux de ces visages, un personnage familier…

« Vous vous conformerez. Vous vous rallierez à nos méthodes. Parce qu’elles fonctionnent. Et parce que vous n’avez pas le choix »
(traduction libre « by myself »)

Ce qui est particulièrement cocasse dans ce cameo jobesque est que le discours tenu par l’extra-terresstre pour conquérir notre planette ne diverge pas tant que cela de la ligne marketing du vrai patron d’Apple.

Un clin d’oeil sarcastique de la maison des idées (Marvel) à la firme de Cupertino ?

* * *

Bonus: je ne resiste pas au plaisir de partager une planche somptueuse du Daredevil #83 de Michael Lark (avec Ed Brubaker au scenario) que je viens de terminer. Superbe ! (cliquez sur l’image pour la voir en grand).

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